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Trésorier : le MacGyver des temps modernes ?

 

Héros américain des années 80, le plus clair de son temps armé en tout et pour tout d’une pince à linge et de trois bouts de ficelle, MacGyver aurait-il fait un bon trésorier ? 

Rien n’est moins sûr… 

Toutefois, sa capacité à venir à bout des situations les plus tendues à l’aide de ressources pour le moins limitées lui aurait sans doute été d’une grande utilité pour exercer cette fonction en 2021.

Réponses à des attentes croissantes de la part des différentes parties prenantes (managers, créanciers, actionnaires), gestion des risques financiers (liquidité, crédit, taux, change, prix des matières premières), prise en compte des impératifs de conformité (IFRS, DSP2, Emir), les responsabilités du trésorier ne cessent de s’étendre… 

À tel point qu’il semble aujourd’hui tout à fait légitime de s’interroger sur l’écart grandissant entre cette fiction du trésorier idéal (désormais à deux doigts du super-héros) et le quotidien plus terre-à-terre d’un trésorier ordinaire. Tous comptes faits, peut-être est-il enfin temps de reconnaître que le trésorier n’est pas tout à fait MacGyver !

 

Le mythe du “super-travailleur” et ses limites

 

Dans ses rêves les plus fous, une entreprise espère que son trésorier soit en capacité de gérer toute la complexité d’opérations financières multi-devises, de piloter l’ensemble de ses risques au millimètre, et de produire des reportings avancés en temps réel, le tout à partir d’un simple tableur Excel…

De telles exigences de productivité placées sur les épaules d’un seul individu rappellent à bien des égards la communication de l’URSS autour d’Alekseï Stakhanov dans les années 30. À en croire la propagande de l’époque, ce “mineur de choc” aurait en effet extrait à lui seul pas moins de 102 tonnes de charbon en l’espace de 6 heures… Un exploit à faire pâlir de jalousie, mais tout bonnement irréaliste.

Ne l’oublions pas, lorsque les objectifs à atteindre ne sont plus en ligne avec les moyens et ressources à disposition, l’idéal décourage bien plus qu’il n’inspire. 

Par conséquent, tout comme laisser penser qu’un super-travailleur puisse extraire 14 fois plus de charbon que ses collègues s’avère totalement contre-productif, laisser croire que le trésorier moderne peut aujourd’hui se contenter d’un peu d’huile de coude et d’un tableur Excel pour mener à bien toutes ses missions n’est pas raisonnable.

Pour relever un défi surhumain, un travailleur doit certes se retrousser les manches, mais il doit aussi et surtout pouvoir compter sur les bons outils pour l’accompagner dans sa tâche. 

 

La réalité du terrain

 

Bien qu’augmenter la productivité soit aujourd’hui l’un des principaux bénéfices d’outils tels que le logiciel de trésorerie DeftHedge, cette quête de performance ne doit pas se faire au détriment de la qualité de l’environnement de travail du trésorier, et les enjeux de sécurité, de compliance et de fiabilité doivent bien évidemment eux aussi être pris en compte.

En effet, disposer d’outils puissants est une chose, mais savoir les utiliser avec sagesse, discipline et discernement pour prendre des décisions éclairées en est une autre.

Accepter notre part d’Homer Simpson, notre penchant naturel à la procrastination, notre impulsivité chronique, et nos multiples biais cognitifs est par conséquent une première étape nécessaire pour espérer parvenir à mettre en place un écosystème sain et des routines de travail à même de générer les meilleurs résultats sur le long terme.

Combien de trésoriers remettent-ils toujours à demain des décisions qu’il conviendrait de prendre aujourd’hui même ? Combien de trésoriers couvrent-ils encore leurs expositions sur un coup de tête plutôt que par pragmatisme ? Combien de trésoriers succombent-ils parfois aux mouvements d’euphorie ou de panique du marché faute d’avoir défini une politique de change cohérente ?

Faut-il le rappeler, 88% des feuilles de calcul contiennent des erreurs… Pourtant, justement parce que l’erreur est humaine, il ne sert à rien de se blâmer. Mieux vaut en effet accepter nos faiblesses telles qu’elles sont, non pas pour les célébrer, mais tout simplement pour en prendre conscience et réfléchir à la meilleure façon de les compenser.

Plutôt que de succomber au syndrome de l’imposteur et de culpabiliser sur ses imperfections en se comparant sans cesse à un idéal inaccessible, le trésorier a en effet tout intérêt à prendre le temps d’identifier clairement ses points faibles pour s’adosser aux partenaires et outils les plus aptes à couvrir ses angles morts.

Enfin, peut-être est-il également bon de rappeler que la mission du trésorier ne se limite pas seulement à suivre et contrôler des critères purement financiers comme le ferait un algorithme, mais qu’elle vise aussi à donner du sens aux décisions financières de l’entreprise et à communiquer avec pédagogie sur leurs raisons d’être et leurs conséquences pratiques.

Par conséquent, l’environnement de travail du trésorier doit pouvoir lui permettre de lever la tête du guidon pour voir au-delà de la mécanique purement financière. Son bien-être au travail tout comme celui de ses collaborateurs dépendent en effet grandement du confort dans lequel ses décisions pourront être prises, et ce, y compris dans les situations a priori les plus urgentes et les plus stressantes.


Un authentique trésorier ne peut peut-être pas désarmer tout un gang de malfrats avec le double décimètre posé sur le coin de son bureau comme le ferait MacGyver, mais une chose est sûre, ses décisions font une grande différence dans le quotidien de notre économie, de son entreprise et de ses collaborateurs.

Par conséquent, mieux vaut sans doute lui donner les moyens de mener à bien sa mission dans les meilleures conditions possibles. Soyez-en sûr, il fera toujours de son mieux avec les cartes à sa disposition, et ses résultats pourraient bien vous surprendre !